jeudi 22 septembre 2011

Moby Dick, de Herman Melville


(Moby Dick, or The Whale, 1851)
Gallimard, 1941, Folio, 1998, 735 p.

J’ai entamé l’été avec l’intention de traverser quelques classiques américains qui dormaient depuis longtemps dans mes bibliothèques. J’ai tenu un rythme que je juge respectable, soit plus ou moins deux livres par mois. Bon, c’est bien peu pour avoir l’intention de traverser la littérature américaine, mais mon intention était surtout de régler quelques cas. Le rythme s’est maintenu, donc, jusqu’à la mi-juillet dernier, où j’ai entrepris ce monument qu’est Moby Dick. Vrai que c’est pas le même genre d’implication que de se lancer dans The Great Gatsby. Au niveau du volume, je veux dire. Volume, comme dans quantité de pages, je veux dire.

J’ai mon exemplaire depuis maintenant plus de dix ans. Dire qu’y a rien qui presse. Je l’ai acheté suite à cette histoire de mon vieux pote Vallières. Dans un cours de littérature (cégep ou université, aucune idée), le professeur leur dit d’entrée de jeu en début de session que l’achat d’un exemplaire leur vaudra 5 points en partant sur leur note finale. Six points s’ils y écrivent leur nom. Aucune obligation de le lire.

Touché par la démarche, pas eu le choix de faire comme si je faisais partie de ce cours. Et c’est onze ans plus tard que l’entreprise porte ses fruits et ma foi, j’aime bien ces fruits. Je salue l’audace de ce prof et l’en remercie.

Je savais bien que je me lançais dans quelque chose de particulier. « Saute tel ou tel bout », qu’on m’a dit. « Passe vite sur les descriptions », etc. J’aurais bien pu, mais je m’en serais sorti avec un sentiment de devoir non-accompli.

Puis je me suis mis à les trouver bien lâches, ces amis avec leurs conseils, quand j’ai commencé le livre. Tout ce qui précède l’embarquement est tout à fait divertissant. La rencontre d’Ishmaël avec Queequeg le cannibale est une scène d’anthologie qui me restera marquée à jamais. Que la relation entre ces deux-là soit ignorée dans le reste de l’histoire est ce que j’y déplore le plus.

Puis j’ai commencé à comprendre les conseils prodigués à mesure qu’avançait ma lecture. Si on peut dire une chose de Moby Dick, c’est que c’est loin d’être enlevant. C’est une remarque, là, pas un reproche. On ne croise la première baleine qu’à la moitié du livre. Entre temps, oui, on aura beaucoup appris. Sur le fonctionnement des baleinières, la raison d’être de son équipage, de son équipement. Puis ça continue. Les usages de courtoisie entre bateaux qui se croisent au large, la navigation, la représentation de la baleine dans la littérature, dans l’iconographie, les différentes sortes de baleines et ce qu’on en tire, la perception du blanc (la couleur de Moby Dick) selon les âges et les cultures. Puis l’anatomie complète de la baleine, de l’extérieur comme de l’intérieur. L’analyse du squelette, etc. Oh oui, on en apprend des choses qui datent de 1851.

Et on continue à lire, malgré le langage parfois ampoulé mais oh, combien poétique. Malgré le grand nombre de termes marins qui ne nous sont pas expliqués (chose que je préfère ainsi, ma lecture ne serait pas encore terminée dans l’autre cas).
Moby Dick, c’est la lutte entre le bien et le mal. Le mal, c’est cette vieille baleine constellée de vieux harpons qui n’ont pas menés à bien leur besogne. C’est cette vieille baleine vicieuse à qui le capitaine Achab doit cette jambe en moins. Le bien, c’est Achab qui mène son équipage dans un voyage qui s’apparente plus à une vengeance qu’une véritable chasse à la baleine. Puis les positions changent et le mal devient ce vieil Achab qui n’en fait qu’à sa tête pour tuer une baleine qui n’a jamais rien demandé à personne.

Bien sûr, Moby Dick est truffé de symbolisme et de références bibliques que je n’aborderai pas ici, faute d’intérêt. Vous pouvez trouver tout ça facilement sur les internets, de façon beaucoup plus appuyée et crédible que ce que je saurais en faire.

Mais gardons en tête que la longueur, dans Moby Dick, symbolise sans aucun doute ce que l’on ressentirait certainement sur un bateau lors d’un voyage de trois ans. De la solitude, de l’ennui, de la répétition.

Le bien et le mal. Terminer Moby Dick, c’est ressentir une grande satisfaction malgré l’ennui. Avoir ce sentiment d’avoir accompli quelque chose d’important.

Et pour ce qui est des enseignements réels à en tirer, ça peut bien prendre encore dix ans. M’en fous, je suis loin d’être pressé.

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