vendredi 1 juillet 2011

Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch, de Heny Miller


(Big Sur and the oranges of Hieronimus Bosch, 1957)
Buchet-Chastel, 1959, LDP 1972, 412 p.

Je n’avais aucune idée de ce à quoi m’attendre en attaquant ce livre, sinon que je retrouverais enfin Miller, que j’avais laissé de côté depuis les trois immenses tomes de La crucifixion en rose puis Tropique du cancer, lus il y a de cela de nombreuses années. Ne pas savoir à quoi s’attendre, ça reste une façon de parler. Je sais quand même qu’ouvrir un livre de Miller, c’est un peu rencontrer le bonhomme et le laisser parler. Et Dieu sait qu’il a de la jasette.

Étrangement, c’est un peu de ça dont il est question dans Big Sur. Après avoir vagabondé à New York, en France et en Grèce, Miller s’est installé, dans les années quarante, à Big Sur, cette région sauvage de la côte californienne qui, encore aujourd’hui, ne compte que très peu d’habitants et ne bénéficie que d’un minimum d’installations qui font que l’on peut appeler « ville » un endroit où habitent des gens.

Après avoir traîné, mendié, et fait un nombre incalculable de rencontres tout au long de sa vie, Miller s’installe au milieu du paradis et laisse le monde venir à lui. J’imagine que le mot s’est passé assez vite à l’époque, si bien que Miller est sans cesse pris à recevoir des visiteurs venus le rencontrer, lui demander conseil ou bien acheter de ses aquarelles. Fondamentalement bon, il leur ouvre la porte et, comme ils ne partent pas, les garde à souper.

Après s’être extasié dans la première partie sur la beauté prenante du paysage, Miller fait dans la deuxième partie, nommée « pot-pourri », des portraits des plus notables habitants de la région. Pour la plupart des artistes qui souvent ne produisent rien. Des artistes de la vie. Des bohèmes, des penseurs, des gens venus au pays pour y vivre le plus simplement possible (la deuxième maison que Miller y occupât lui fût donnée par cette femme qui prétendait que la maison était faite pour Miller et sa femme).

Au travers de tout ça, de touchants passages de Miller avec ses enfants. Quel père ça a dû être, celui-là. Capable de tasser les meubles pour les laisser rouler à vélo dans la maison par mauvais temps.

Bien sûr, Miller style, tout ça se fait avec un lot impressionant de dérapages et de verbiage. Réflexions qui tournent souvent autour du thème de la vie simple versus le besoin de consommation et de possession. Miller rêve d’inaction, de non-possession, de pur amour.

Mais il reçoit beaucoup trop de courrier pour y arriver.

Et c’est à quoi est consacrée la dernière partie, la plus courte et aussi la plus lucide. Considérant que le courrier arrive trois fois semaine et qu’il faille aller le chercher à une heure de marche, considérant que Miller reçoit des colis, des lettres, des cadeaux en nombre impressionnant à chaque fois, considérant également que le facteur n’apporte non seulement le courrier, mais également de nombreuses provisions, l’acte d’aller chercher le courrier implique plus que sortir en robe de chambre sur la balcon et glisser la main dans la boîte aux lettres pour y trouver des circulaires dont on se débarasse aussitôt.

On se rend vite compte, après qu’il nous ai fait un bref (Miller, bref!) survol de ses obligations de la journée (comme par exemple, commencer La crucifixion en rose. Merde, il a dû traîner ça longtemps), il nous démontre à quel point le courrier peut à lui seul remplir sa journée.

C’est que Miller RÉPOND à son courrier. En fait, il ADORE écrire des lettres (je me demande bien à quel point ses lettres mises ensembles peuvent être plus importantes que son œuvre déjà immense). Seulement, tout ça lui prend beaucoup trop de temps et cette dernière partie se veut une espèce d’avertissement qu’il cessera de répondre à son courrier en même temps qu’une lettre d’excuse pour le courrier non-répondu.

Je serais curieux de voir s’il a tenu sa parole, le vieux.

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